Enfoiré !
Roman
C’est l’histoire d’un pote… Mon meilleur pote. Quarante ans ! Quarante ans jour pour jour que tu nous as quittés. Quatorze mille six-cent-dix jours, en comptant les années bissextiles. Une éternité. Je suis l’un des derniers de la bande. Et je souffre. Pas de maladie, ma santé est bonne, d’après mon médecin traitant. Je souffre de manque de fous rires, de soirées de déconnade, de vieux copains, je souffre de colère envers ceux qui l’ont éliminé, une haine devenue farouche, imputrescible, insondable, je souffre d’art censuré, de peur de froisser, je souffre d’impuissance, celle qui m’a toujours empêché de le venger.
Mille fois j’ai éprouvé le besoin de hurler, de désigner les coupables. Le plus loufoque, c’est que nous nous sommes connus un peu avant le tournage du film « Inspecteur la bavure », en 1979. J’allais fêter mes trente-neuf ans, le bel âge. Lui en avait cinq de moins. Si j’ai pu croire à une bavure pendant quelques années, j’ai changé d’avis. Pas d’erreur commise il y a quarante ans. Juste un assassinat méticuleusement programmé et exécuté avec tout le sang-froid du professionnel.
Vue sur le phare, l’hôtel du Palais, l’écume des vagues, je déguste mon café noisette dans le salon feutré au style rococo-chic de la pâtisserie Miremont . Le mur fait de miroirs reflète ma tristesse. Assis à la place du roi Alphonse XIII, cent-vingt ans plus tôt, je ne dispose plus de larmes, même mes pommettes ont disparu. Elles ont cédé la place à un lit de rivière meurtrie par assèchement. Mon ami s’appelait Michel Chiapucci, plus connu sous son nom de scène : Capuche !
Mot de l’auteur
« Le roman permet tout. Il peut bousculer, raviver les braises, rouvrir les plaies, dénoncer les salauds, ravaler les façades décrépites, choquer les bigotes, rassurer les complotistes, soûler les prétentieux et, dans le cas qui nous occupe, célébrer un anniversaire sordide.
Et si je n’avais pas extrapolé ? Et si ce roman se rapprochait davantage de la vérité que celle balancée au soir du 19 juin 1986 ? Les principaux protagonistes ayant disparu, de mort naturelle pour certains – les plus chanceux ou les plus taiseux –, il est aujourd’hui possible de s’en remettre à la pure fiction. Celle qui ouvre toutes les portes. Si le doute est permis, la liberté d’expression devrait l’être tout autant.
Seulement voilà, on ne parle pas de n’importe qui. J’ai beau changer les lieux, les noms, tout le monde fera le rapprochement. D’un côté, une frange de déçus, de résignés, de révoltés aussi, de miséreux, de nostalgiques, de motards, d’ouvriers, de collectionneurs de salopettes bleues, en clair, l’immense majorité des « gueux », nous toutes et tous nommés de la sorte par nos élites. Ceux-là applaudiront et soutiendront cet ouvrage. De l’autre, une majorité d’intellectuels germanopratins, de serpents venimeux, de femmes et hommes politiques, d’astronautes russes, de cyclistes dopés, de membres des services secrets, de jaloux de naissance, de frustrés. Ceux-là me traiteront de tous les noms d’oiseaux, alléguant à l’envi mon opportunisme pour écouler un maximum de livres. L’argent. Toujours l’argent. Ils m’accuseront de profaner une icône de l’humour pour devenir célèbre. Ils ne reculeront devant rien. Jusqu’à l’autodafé de ce polar sur la place publique ? Peut-être pas jusque-là. Et encore…
Pour engranger un max de blé ? Non, car la moitié de mes droits d’auteur seront intégralement reversés aux Restos du Cœur du 40 (Landes). L’autre moitié servira à rembourser mes frais (déplacements, site internet, URSSAF, commercialisation du livre, publication via la plateforme d’autoédition). Quant à la célébrité, je m’en cogne royalement. Pas plus envie que ça, surtout pour les nombreuses obligations que cela entraîne. Les demandes incessantes de selfies ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. »
