L’enquête
« Samedi 21 octobre 1995, dix heures tapantes… Le grand moment tant attendu est enfin arrivé : je vais rencontrer Jacques Gaillot. »
Monseigneur Gaillot, ancien évêque d’Évreux, devenu l’un des parias de l’Église catholique qui lui a confié un évêché sans croyants. Une bergerie sans brebis. Une coquille vide. À la seconde où je pénètre dans la petite chambre qu’il occupe rue du Dragon, dans le sixième arrondissement de Paris, je ressens comme un frisson qui me parcourt l’échine. Cette pièce est (j’en suis persuadé) emplie d’anges qui gravitent autour de ce petit homme tout simple qui me décoche un franc sourire. Croyez-le ou non : il émane de ce personnage une aura surnaturelle ! J’y suis sensible. Je me sens tout petit, très jeune, ignorant.
Il se veut symbole d’exclusion. Lui de l’Institution religieuse, eux de la société. Car il partage la misère de dizaines de laissés-pour-compte. Solidarité. Amitié. Jacques Gaillot sert de rempart au DAL (Droit Au Logement). Chaque minute passée avec lui compte pour dix, cent, mille. J’y resterai deux bonnes heures. Il faut que son interview figure dans le livre.
Aujourd’hui, j’ai dû rencontrer plusieurs centaines de « célébrités » (littérature, chanson, cinéma, télévision), mais sur la plus haute marche du podium de celles qui ont eu une réelle influence sur le cours de ma vie figure celle de Jacques Gaillot.
Par la suite, j’ai eu l’incommensurable chance de le croiser à plusieurs reprises. Et à chaque fois ce sourire, ces yeux d’un bleu cobalt et ces quelques mots avant même que j’ouvre la bouche : « Bonjour Marc, comment vas-tu ? ».
