La quête d’un éditeur

Luc pire éditions
Juin 1996. Voilà plusieurs mois que j’ai apposé le point final au manuscrit. Le texte a été envoyé à plusieurs dizaines de maisons d’édition, en grande majorité sises à Paris. Le bilan ? Des accusés de réception et des réponses négatives. Pas un éditeur ne m’a sollicité. Ma déception est totale, d’autant que je n’ai cessé, au cours des derniers mois, de rester optimiste auprès de mes nouveaux amis de la rue. Tout ce travail engagé ! Tous ces espoirs ! Après m’être quelque peu renseigné auprès de libraires, tous m’ont avoué qu’il était extrêmement rare d’être sélectionné par les maisons d’édition et cela quelle que soit leur taille.

En fin d’après-midi, seul et complètement désespéré, j’essaie d’imaginer annoncer la mauvaise nouvelle. Je suis soudain pris d’une rage folle. Je hurle ! Je serre le poing et le dirige au plafond. Je vocifère littéralement. Les voisins m’ont sûrement entendu. Je m’en prends à ce Dieu auquel j’ai cru. Je le traite de tous les noms d’oiseau, mais surtout d’incapable. J’en pleure. Les larmes se déversent sur mes pommettes. J’en tremble.

Une ou deux minutes de silence. Je suis abattu. La sonnerie du téléphone retentit. La secrétaire de Monsieur Luc Pire m’annonce qu’il veut me rencontrer. J’en garde la bouche ouverte. Cinq minutes plus tard, la sonnerie retentit à nouveau. Ce doit être ma mère… Allô ? L’éditrice des éditions EPO souhaite faire ma connaissance. En dix minutes chrono, j’ai deux rendez-vous de notés. Je consulte le cahier dans lequel figure tous mes envois. Je n’ai envoyé le manuscrit ni à l’un ni à l’autre.

Le hasard ? Je n’y crois plus.

Luc Pire est face à moi. Jovial. Il est le leader incontesté des éditeurs en Belgique. En tout cas, le plus médiatisé. Il m’expose deux manuscrits sur son bureau : celui de Martine Vandemeulebroucke et le mien. « Voilà, me dit-il, j’ai deux textes, le premier traite des riches, le deuxième des pauvres… Et je n’ai le budget que pour l’un ou l’autre. » Il ne me laisse pas espérer et admet avoir tranché pour le projet sur les riches. Je déchante. Il me rassure sur la qualité de mon texte. Bien sûr, la journaliste du Soir a une belle longueur d’avance. En Belgique, elle possède déjà un lectorat potentiel, et a l’assurance d’être soutenue par le quotidien dans lequel elle rédige de nombreux articles. Le journal LE SOIR étant LE journal francophone n°1, il n’aura certainement pas hésité longtemps.

Tant pis, il me reste une seconde chance : le rendez-vous aux éditions EPO.  

EPO

Cette fois, le rendez-vous a lieu au domicile de Gérard de Sélys. C’est lui qui a repéré mon manuscrit. Lecteur pour une maison d’édition parisienne qui a refusé le texte, il a aussitôt contacté son éditrice et amie, Maria Mc Gavigan, pour lui parler de ce projet. Je suis reçu très chaleureusement. Le plus emballé par ma prose, c’est Gérard. Mon manuscrit, il l’a lu et même relu, avec émotion. Il lui a fallu convaincre la direction des éditions EPO de publier les témoignages et l’enquête réalisée dans les centres d’accueil. Il se montre paternaliste et me rassure. Il n’est cependant pas satisfait du titre « Paroles de sans-abri ». Je susurre « Un pavé pour oreiller », la première idée qui me vient à l’esprit. Maria et Gérard sourient. Banco !

Maria fera rédiger le contrat et m’annonce un premier tirage de mille exemplaires. Elle m’assure que c’est déjà une belle quantité pour le petit marché belge. La date de parution sera fixée à début novembre 1996 !

Mon nom officiel n’est vraiment pas facile à prononcer, surtout pour les Français. Aussi décide-t-on de concert de le couper en deux. De « Van Rensbergen », on passe à « Vanrens ». Avec le temps, mes amis français ayant toujours autant de peine à le prononcer correctement, « Vanrens » fera sa mue pour finalement se fixer sur « Varence ».

Cette fois, ça y est ! J’annonce la sortie prochaine à tous mes amis de la rue.    

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